Le programme Zéro Émission (Z.E.) a été présenté par Carlos Ghosn au mondial de Paris 2010 comme la stratégie électrique de Renault. À cette époque, l'idée même de produire des voitures 100 % électriques en grande série relevait de la prise de risque industriel. Renault a investi 4 milliards d'euros sur cette filière entre 2010 et 2017, le pari le plus audacieux du groupe depuis l'achat de Nissan en 1999.
Premiers modèles : 2011-2013
Renault lance quatre modèles électriques entre 2011 et 2013, ce qui constituait une gamme inédite dans l'industrie. Le Kangoo Z.E. arrive en septembre 2011 (utilitaire avec 22 kWh, 170 km autonomie NEDC). Le Fluence Z.E. ouvre le segment berline en avril 2012 (22 kWh, 185 km). La Twizy est lancée en avril 2012 (6,1 kWh, 100 km, quadricycle léger).
La Zoé arrive en mars 2013, et c'est elle qui transformera réellement le programme. Plateforme dédiée (B0), batterie 22 kWh, autonomie NEDC de 210 km. Moteur de 65 kW (88 ch), 0 à 100 km/h en 13,5 secondes, vitesse de pointe à 135 km/h. Tarif de lancement : 13 700 € hors batterie (location à partir de 79 € par mois).
La Zoé : modèle phare 2013-2024
Le système de location de batterie a marqué un choix industriel structurant. Renault louait la cellule pour rassurer les acheteurs sur la dégradation et la garantie, en échange d'un abonnement mensuel. Ce modèle a été abandonné en 2019 sous la pression des concessionnaires et des clients qui réclamaient la pleine propriété.
La Zoé a évolué en quatre phases majeures :
- Phase 1 (2013-2017) : batterie 22 kWh, 210 km NEDC
- Phase 2 (2017-2019) : batterie ZE40 de 41 kWh, 400 km NEDC, 300 km WLTP
- Phase 3 (2019-2024) : batterie ZE50 de 52 kWh, 395 km WLTP, charge rapide DC en option 50 kW
- Phase 3 restylage (2022) : caméra de recul de série, écran 9,3 pouces
Renault a produit 460 000 Zoé entre 2013 et 2024. Le modèle a longtemps dominé le marché de la citadine électrique en Europe, avant d'être détrôné par les Tesla Model 3, Peugeot e-208 et Dacia Spring sur des positionnements différents.
| Modèle | Période | Batterie | Autonomie | Statut |
|---|---|---|---|---|
| Kangoo Z.E. | 2011-2021 | 22-33 kWh | 170-270 km | Arrêté |
| Fluence Z.E. | 2012-2014 | 22 kWh | 185 km | Arrêté |
| Twizy Z.E. | 2012-2024 | 6,1 kWh | 100 km | Arrêté |
| Zoé Z.E. | 2013-2024 | 22-52 kWh | 210-395 km | Arrêté |
La transition Mégane E-Tech : 2022
Renault arrête progressivement la dénomination Z.E. à partir de 2020. La nouvelle plateforme CMF-EV inaugurée avec la Mégane E-Tech Electric en 2022 ne porte plus le badge Z.E. La Mégane E-Tech propose 130 kW (177 ch) ou 160 kW (220 ch), batterie 40 ou 60 kWh, autonomie WLTP de 300 à 470 km.
L'arrêt de la Zoé en mars 2024 a marqué la fin officielle du programme Z.E. tel qu'imaginé en 2010. Renault concentre désormais sa stratégie sur les modèles E-Tech (Mégane, Scénic, Rafale en hybride) et 100 % électriques (Mégane, Scénic, Twingo, R5 nouvelle génération, R4 prévue).
Bilan du programme
Le programme Z.E. a permis trois apprentissages industriels majeurs. Premièrement, la maîtrise de la batterie modulaire et de son intégration. Deuxièmement, le développement du réseau de recharge (Renault a co-investi dans IONITY et le Mobilize Power Solutions). Troisièmement, la fabrication en série d'un moteur électrique à 100 000 exemplaires annuels.
Renault détient aujourd'hui 18 brevets clés sur la gestion thermique batterie et la traction électrique, dont plusieurs sont licenciés à Nissan et Mitsubishi dans le cadre de l'Alliance.
Le verdict
Le programme Z.E. restera dans l'histoire automobile française comme la prise de risque industrielle la plus audacieuse depuis l'introduction du diesel HDi en 1998. La Zoé a démocratisé la voiture électrique en Europe avec plus de 460 000 ventes, et a permis à Renault de bâtir la base technique de sa gamme E-Tech actuelle. Sans le pari Z.E., Renault n'aurait pas pu commercialiser la R5 électrique en 2024 sur une plateforme aboutie.