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TVA récupérable sur électrique en pro : ce qui s'applique

Le détail de la TVA récupérable sur achat, location et recharge d'un véhicule électrique en entreprise. Distinctions VP/VU, conditions, pourcentages.

24 mai 20267 min de lecture

La TVA récupérable sur les véhicules d'entreprise reste l'un des avantages fiscaux les plus mal compris en France. L'électrification change partiellement les règles, mais les distinctions historiques entre véhicule particulier (VP) et véhicule utilitaire (VU) demeurent. Voici les règles 2026, sans simplification trompeuse.

La règle générale : VP vs VU

En droit fiscal français, la TVA sur l'achat d'un véhicule de tourisme (VP) est non récupérable, électrique ou pas. C'est l'article 206-IV de l'annexe II du CGI qui pose ce principe historique.

À l'inverse, la TVA sur un véhicule utilitaire (VU) est intégralement récupérable, à condition que le véhicule soit immatriculé en classe N1 et possède au maximum 2 places assises (ou un cloisonnement séparant la zone de chargement).

Type véhiculeCatégorie carte griseTVA achat récupérable
Berline, SUV particulierGenre VP (M1)Non
Pick-up double cabine 5 placesGenre VP (M1)Non
Camionnette tôléeGenre VU (N1)Oui à 100 %
Pick-up simple cabine 2 placesGenre VU (N1)Oui à 100 %
Berline transformée 2 places utilitaires (TPMR)Genre VU (N1)Oui à 100 %

Acheter un Renault Kangoo Van neuf et le transformer ensuite en VP n'autorise pas la récupération TVA. La récupération exige que le véhicule soit en classe N1 dès la première immatriculation et utilisé professionnellement.

L'électrification ne change pas la règle achat VP

Un véhicule électrique de tourisme (Tesla Model Y, Peugeot e-3008, Renault Megane E-Tech immatriculée en VP) ne donne pas droit à la récupération de la TVA sur l'achat, comme un thermique équivalent. C'est l'une des incompréhensions les plus fréquentes en 2026.

L'amortissement reste possible (avec un plafond fiscal selon le CO2), mais la TVA payée est définitivement perdue.

Ce qui est vraiment récupérable sur un VP électrique

Même si la TVA achat n'est pas récupérable, plusieurs éléments le sont sur un VP électrique professionnel :

ÉlémentTVA récupérableConditions
Achat du véhicule VPNonSauf cas particuliers (auto-école, taxi, VTC)
Location longue durée (LLD) loyers100 %Loyer mensuel, frais de financement inclus
Crédit-bail (LOA)100 % sur les loyers, non sur l'option d'achatLOA structurée en location
Électricité de recharge (en station)100 %Facture professionnelle de l'opérateur
Électricité à domicile pour usage proAu prorata d'usage proJustificatif de répartition
Entretien, réparations100 %Facture nominative entreprise
Pneumatiques100 %Facture professionnelle
Wallbox installée dans local pro100 %Local commercial ou bureau, pas domicile

La récupération 100 % sur les loyers de LLD et LOA est la grande spécificité du véhicule professionnel : c'est pour cela que les flottes d'entreprise privilégient massivement la location longue durée plutôt que l'achat.

Le cas spécifique de l'électricité de recharge

Depuis le décret de novembre 2021, la TVA sur l'électricité de recharge suit le sort de la TVA du véhicule lui-même :

  • Recharge au domicile du salarié pour un véhicule de fonction : TVA récupérable au prorata d'usage professionnel (souvent 50 % par convention), à condition d'avoir un sous-compteur dédié ou un système de mesure type Linky V3 segmenté.
  • Recharge sur borne publique au nom de l'entreprise : TVA récupérable à 100 %.
  • Recharge sur borne installée au siège : TVA récupérable à 100 % sur l'installation et la consommation.

L'amortissement fiscal : la deuxième leçon

Au-delà de la TVA, l'amortissement déductible est plafonné selon le CO2 du véhicule, depuis l'article 39-4 du CGI :

CO2 (g/km)Plafond annuel amortissement
< 20 g/km (électrique, certains hybrides PHEV)30 000 € sur 5 ans = 6 000 €/an
20 à 49 g/km (hybrides rechargeables)20 300 €/an
50 à 134 g/km (hybrides non rechargeables, thermiques sobres)18 300 €/an
135 à 159 g/km9 900 €/an
≥ 160 g/km9 900 €/an

Une Tesla Model Y professionnelle à 50 000 € peut donc être amortie sur 5 ans à 6 000 €/an soit 30 000 € amortis sur le coût initial de 50 000 €. Les 20 000 € restants ne génèrent pas d'économie fiscale.

TVA sur la location : la voie privilégiée

Pour les véhicules de tourisme, la LLD ou LOA transforme un coût d'achat (TVA bloquée) en charge récurrente (TVA récupérable). Sur un loyer mensuel de 750 € HT, l'entreprise récupère 150 € de TVA, soit 1 800 €/an.

Sur un contrat 36 mois à 750 €/mois, c'est 5 400 € de TVA récupérée sur la durée. Ce mécanisme explique pourquoi la LLD représente 70 % des ventes de véhicules de société en France en 2026, et près de 85 % sur le segment électrique.

La carte grise et la TVS

La TVA sur la carte grise (CIV) reste non récupérable, qu'il s'agisse de VP ou de VU. C'est une taxe spécifique, hors champ TVA.

La taxe annuelle sur les émissions de CO2 (ex-TVS) est due par l'entreprise pour les véhicules de tourisme utilisés en France. Pour un électrique : 0 €. Pour un thermique 130 g CO2/km : environ 400 €/an. Pour 200 g/km : autour de 2 600 €/an.

Les pièges classiques

  • Bon de commande au nom personnel puis transfert : ne donne pas droit à la récupération TVA. La facture doit être nominative entreprise dès l'origine.
  • Sous-compteur recharge mal documenté : refus URSSAF en cas de contrôle. Une lecture mensuelle archivée est indispensable.
  • Confusion VP / VU sur véhicule transformé : un Peugeot Partner avec 2 sièges arrière conserve son immatriculation N1 si la transformation est ponctuelle, mais bascule en M1 si elle est durable. Vérifiez le genre exact sur la carte grise.
  • Voiture de fonction utilisée à titre personnel : la part personnelle est soumise à TVA non récupérable, et déclarée comme avantage en nature.

Le verdict

Pour une entreprise française en 2026, le schéma optimal sur un véhicule électrique de tourisme est : LLD ou LOA avec récupération 100 % TVA sur les loyers + amortissement plafonné à 30 000 € + récupération TVA recharge professionnelle. C'est ce qui rend les flottes électriques massivement adoptées par les ETI et PME malgré le coût d'acquisition. Pour les véhicules utilitaires (Renault Master E-Tech, Peugeot Partner Electric, Stellantis Pro One), la récupération 100 % à l'achat reste un levier puissant. Source officielle : bofip.impots.gouv.fr.

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